Retour de mission 2018 - Village de Borang

Borang

 

A/ Informations générales

Equipe : Lilian, Sylvain, Mégane, Clothilde

Village : 500-600 habitants, deux castes (BKs et Tamang)

Logement : Nous avons été accueillis par la “guest house” du village, qui se chargeait gentiment de nous préparer les repas et de nous loger.

 

 

Nourriture : Comme dans les autres villages, nous avons très régulièrement le plat traditionnel au Népal, le Dal Bhat :  du riz (bhat) avec une soupe de lentilles (dal) accompagné en général d’un petit curry de légumes (pommes de terre, pousses de courges, jeunes pousses de fougères, pois chiches…) (voir photo ci-dessus).

Social : Deux castes sont présentes dans le village, dans deux parties différentes du village. Les Tamangs, originaires initialement de la Mongolie, occupent le centre du village et la plupart des fonctions administratives ; beaucoup s’occupent également de travailler la terre. Ils sont hindouistes. Par ailleurs, les Bikas (aussi orthographié BK) représentent une caste dont l’origine se situe plutôt en Inde ou au Pakistan.  Ils travaillent beaucoup le fer et fabriquent des outils : pots, casseroles, couteaux, serpes, etc. Ils sont chrétiens.

Même si l’on peut considérer que la place de la femme n’est pas toujours évidente dans la culture népalaise, cela ne se ressent pas particulièrement à Borang. Les femmes s’occupent de la maison, travaillent dans les champs, s’occupent des enfants etc., mais elles ne semblent pas exclues de la vie sociale. Il existe d’ailleurs un Mother group qu’il faut consulter pour prendre certaines décisions, et qui travaille sur des changements potentiels dans le village.

B/ Mission environnementale

Le jour de notre arrivée, une rencontre a été organisée avec le mother group et le chef du village. Nous avons insisté sur l’importance de ne pas brûler les déchets au sein du village, et l’impact du plastique sur la santé et l’environnement.

Malheureusement, nous nous sommes aperçus que le village n’avait presque plus aucun dokos (corbeille en osier qui est utilisée comme poubelle) ; les habitants nous ont en effet indiqué qu’ils souhaitaient des poubelles en plastique, plus résistantes pendant la mousson ; il s’agit d’une des thématiques sur lesquelles il nous faut réfléchir pour la prochaine mission.  

 

 

Malgré cela, nous avons tenu à installer des affiches prévues pour le tri des déchets à divers endroits stratégiques dans le village avec l’aide de notre guide (voir photo ci-dessus). Des petits tas ont commencé ainsi à se former dans le village, des résultats encourageants !

Les déchets sont toujours brûlés à proximité des maisons, et nous n’avons pas réussi à obtenir le déplacement des tas à l'extérieur du village.  En effet, il faudra attendre la fin de la mousson pour construire les “dumping places” (les sites où l’on peut mettre les déchets ; à défaut d’un traitement adéquat dans le pays, les habitants se retrouvent avec une quantité impressionnante de déchets), et il faudra également attendre pour nettoyer les rivières du village (de nombreux sangsues et serpents y sont logés). Les missions d’hiver sont donc indispensables pour la mission environnementale.

Au total, deux journées de nettoyage, prévues à l’avance avec les habitants, ont eu lieu. Tout le village s’est rassemblé sur la place centrale pour écouter un discours du chef du village reprenant nos conseils habituels. Les habitants ont ensuite formé une procession, et ont défilé dans les rues en scandant “Ne pas jeter les déchets par terre !” tout en ramassant plus ou moins les déchets sur leur passage. C’était l’occasion pour eux de faire passer toutes les préconisations du chef du village.

 

Nous avons également organisé deux nettoyages dans l’école avec les enfants. Un cours a été dédié plus particulièrement à l’aspect environnemental, en faisant le lien avec du vocabulaire simple de la nature (voir photo ci-dessus).

Les déchets rencontrés sont principalement des sachets de bonbons et de biscuits, ou encore des doses individuelles de shampoing près des fontaines ; ce sont les déchets que nous avons choisi de mettre en avant lors du cours.

Il est important de savoir que les habitants n’ont pas toujours suffisamment d’argent pour acheter de plus grandes doses de shampoing ou de savon, ou des paquets entiers de bonbons (de telles quantités ne sont d’ailleurs pas vendues dans les petites échoppes du village), c’est pourquoi ils achètent de petites doses au fur et à mesure de leurs besoins, entraînant un plus grand nombre de déchets.

C/ Mission pédagogique

L’école de Borang est assez importante puisqu’elle rassemble les grades 1 à 10 (soit de la maternelle à la fin du collège globalement).

La mission s’est bien déroulée, les enfants étaient contents de nous voir et d’échanger avec nous.
 

 

Pour les enseignements, nous nous séparions en deux groupes de deux, et pouvions donc faire 4 cours d’une heure chaque jour.

Pour ce qui est de nos enseignements, avec l’aide des fiches de cours que le groupe avait préparé avant le voyage, nous avons surtout travaillé le vocabulaire, en utilisant des chansons et des jeux lorsque l’attention baissait. Au début de chaque cours, nous essayions de rappeler le vocabulaire ou les notions qui avait été abordées au cours précédent.

Les enfants aiment aussi beaucoup faire des dessins ! Nous avions un peu de papier, et le proviseur nous en a donné en plus, ce qui a permis de les faire dessiner puis d’accrocher leurs dessins en classe.


 

Sur la photo en haut à gauche, les femmes en rose sont des enseignantes, les deux hommes en haut sont professeurs de maths. A droite se trouve le proviseur, et devant au centre, à gauche, se tient le professeur de sociologie, tandis qu’un professeur d’anglais est à sa droite. Les professeurs sont très ouverts et n’hésitent pas à nous demander conseil. Le proviseur est très sympathique, compréhensif et motivé. Ils parlent tous légèrement anglais mais il restait compliqué d’avoir une conversation véritablement construite avec eux.
 

D/ Mission hygiène/santé

 

Nous avions prévu un tour des étudiants en médecine dans la totalité des villages, mais ils sont finalement restés à Sertung, et n’ont pas pu passer dans notre village. Un petit dispensaire existe en dessous de l’école, mais nous ne l’avons vu ouvert que le dernier jour.

Nous avons remarqué des soucis d’hygiène, surtout en ce qui concerne les enfants Bikas, qui travaillent manuellement avec leurs parents pour fabriquer des outils.

Nous n’avions pas le matériel nécessaire pour faire de la sensibilisation au brossage des dents. En revanche, nous avons apporté un bloc de savon de Marseille et les avons incités à se laver les mains après le nettoyage de l’école (voir image ci-dessus). Nous avons également proposé au proviseur de l’école d’instaurer un lavage des mains obligatoire au début de chaque journée de cours, mais ignorons si la pratique a été instaurée de manière pérenne.

 

E/ Mission culturelle

A l’occasion de la mission d’été 2018, nous avons décidé de mettre en place des rencontres avec les habitants de chacun des villages dans lesquels nous avons séjourné dans la Ruby Valley.

A Borang, nous avons ainsi eu la chance de pouvoir rencontrer et observer 5 habitations, et de notamment découvrir leur façon de cuisiner et de vivre.

Cuisine Tamang - en hauteur dans le village

Observations : cette famille cuisine avec un feu en hauteur, surélevé par de la terre et avec une cheminée, chose assez rare pour le village. Mais la personne qui nous accueille nous indique que la cheminée a bien fonctionné pendant 6 ans, mais que depuis, elle ne marche plus aussi bien, notamment quand il y a du vent, et que du gaz serait préférable. Il s’agit d’une cheminée qui a été apportée par des subventions de la British Army après la construction de la maison dans laquelle nous nous tenons (voir photos ci-dessous).  La maison fait office d’exemple pour le reste du village, mais il y a aussi une table et des bancs, ce qui lui permet de cuisiner assise sur un banc et non par terre comme on peut le voir régulièrement.

Elle utilise du bois pour alimenter le feu.

On observe la présence de chutes de maïs qui servent de combustible, mais aussi de viande de buffalo qui sèche au-dessus du feu.

Elle nous prépare du popcorn dans un wok et à l’aide d’une spatule en bois avec laquelle elle remue régulièrement les grains de maïs. Elle nous indique qu’il s’agit de son maïs, et qu’elle est fermière.

Elle explique aussi qu’elle a un enfant sourd et muet qui va à l’école à Borang mais éprouve des difficultés. Elle aimerait beaucoup pouvoir l’envoyer dans une école spécialisée à Katmandou mais ne dispose de pas suffisamment de moyens.

Nirmal, notre guide, nous explique en traduisant ses propos que Mission Ganesh Himal pourrait aider à financer ce cas particulier, avec des événements dont les bénéfices seraient notamment dédiés à des causes telles que celle-ci.

La personne qui nous accueille nous indique aussi qu’il y a quelques enfants dans chacun des villages dans lesquels nous agissons qui vivent avec un handicap. Certains n’ont pas de jambes et cela pose vraiment problème pour venir à l’école à Borang, seul village avec Chalish à offrir des cours de la classe 1 à 10, avec un niveau collège (classes 11 et 12).  

 

Dans une maison Tamang

Cette maison se situe sur le chemin entre la guest house où nous séjournons, et l’école, au niveau d’une place où se dressait anciennement un temple bouddhiste.

Ici, la cuisine est séparée de la pièce de vie. Le coin feu est cerné par des pierres et dispose d’un support en métal en dessous duquel brûlent des bâtons en bois.

L’habitante Tamang qui nous accueille allume le feu à l’aide d’une allumette et d’un bout de carton.

Pendant ce temps, nous la questionnons sur l’approvisionnement en bois et les modes de cuisson. Elle nous indique qu’il faut désormais près de 2 heures pour trouver du bois, et que c’est dangereux pendant la mousson. A Borang, près de 10 maisons sont approvisionnées en gaz, et une bouteille d’environ 25 kg, qui coûte 7000 roupies (52€ environ) dure 3 mois. Le gaz est surtout utilisé quand les habitants n’ont pas le temps, et ont beaucoup à faire aux champs, c’est-à-dire aux mois de mai et juin essentiellement.

La maison dispose de gros poêlons noirs ; il s’agit de matériel qui a été travaillé par les Bikas du village. Certaines casseroles, pots, louches et wok ont aussi été frappés par les Bikas, mais tous les autres ustensiles proviennent de Katmandou

 

 

Notre hôte attrape un plat en métal rempli de fèves de soja, et balance ces dernières dans un poêlon.

Elle nous explique sa condition : elle élève seule ses deux filles pendant que son mari travaille  en Malaisie et leur envoie de l’argent. Son unique fil est à Katmandou pour y travailler.

Elle mélange désormais les fèves avec un morceau de bambou au bout duquel a été confectionné une boule de tissu et attise régulièrement le feu en soufflant dessus. Elle nous indique qu’elle consomme généralement les fèves de soja avec des légumes et une sauce piquante, dans une omelette à base de maïs, ou encore en tant que snack.

 

L’habitante qui nous accueille est une agricultrice, comme beaucoup d’autres habitants de Borang.

 

 

Les principales cultures du village sont :

  • Le maïs à popcorn

  • Les fougères

  • Du choux-fleurs

  • Des concombres

  • Des lentilles

  • Du millet

  • Du piment

  • Des bananes

  • Le soja

  • Du riz (la quantité produite ne suffit pas; il faut souvent recourir à du riz provenant d’ailleurs)

 

En ce qui concerne l’emploi du temps des femmes et des hommes dans le village, il semblerait que les femmes font l’essentiel de la cuisine, tandis que les hommes travaillent (agriculture). Certaines femmes travaillent mais sur des emplois spécifiques : agriculture, éducation, banque (dans les villes). Chose intéressante : seuls les hommes font les dokos, pas les femmes.

Notre hôte nous décrit sa journée type : elle se lève tous les matins entre 4 et 5 heures du matin et prend du thé.

Elle va ensuite s’occuper de ses cultures et revient vers 8 heures pour prendre le petit-déjeuner (souvent composé de pommes de terre). Elle retourne travailler et rentre vers 12h pour déjeuner (souvent des momos ou des nouilles sautées) et prend une pause d’une à deux heures.

Elle travaille à nouveau de 14 heures à 17 heures (jusqu’à 18 heures en été, et plutôt vers 16 heures en hiver), et rentre ensuite cuisiner pour ses filles. Elles prennent ensuite le dîner aux alentours de 21 heures en été et 20 heures en hiver.

Les mois de mars et avril (les sangsues sont moins nombreuses et le bois plus sec), sont consacrés à la recherche de bois, que les maisons stockent dans la maison pour l’année.
 

Dans un atelier Bika

Dans la partie droite du village se trouve le quartier des Bikas, une caste dite « inférieure » aux Tamang, qui travaille essentiellement dans la forgerie. Nirmal, notre guide nous a emmenés voir un atelier qui se trouve au centre du quartier, dans un espace proche des habitations. Un homme, le père de certains des élèves que nous voyions à l’école travaillait le fer.

Nous nous retrouvons donc avec Nirmal et certains de nos élèves dans l’atelier d’un habitant Bika de Borang. Cet atelier est ouvert vers l’extérieur, et un porc, ainsi qu’une chèvre logent dans un espace au fond de celui-ci.

Notre hôte est en train de travailler une lame de serpe. Il commence par attiser le feu à l’aide d’un instrument qu’il tourne et de bois ; la lame est juste sous les flammes. Une fois le fer rougi, il verse de l’eau sur son travail et frappe dessus à l’aide d’un gros marteau pour modeler la lame. Il réitère l’opération plusieurs fois, puis lime la lame.

Il travaille un manche en bois, qu’il a confectionné spécialement, et frappe quelques fois dessus pour faire entrer la lame dans la fente qu’il a préparée.

L’essentiel des ventes se fait sur Borang et Kharsa, pour une somme comprise entre 1500 et 2000 roupies népalaises (11 à 15€).  Le matériel ainsi que la matière première, le métal (essentiellement du fer et du cuivre), viennent de Katmandou, et il est nécessaire de se déplacer régulièrement pour alimenter les forges du village.

Il faut compter entre 2 et 3 heures de travail pour faire un couteau ou une serpe, et entre 2 et 3 jours pour confectionner de gros pots en métal.

 


Il n’y a qu’une seule pièce, avec deux lits mis bout à bout. Un grand espace est dédié au rangement de dokos et de bois, et la pièce dispose d’une ampoule qui fonctionne.

 

La maison dispose du gaz, mais ils n’ont plus de réserve pour le moment.

Le coin du feu est non loin de l’entrée ; de la viande de buffalo a été mise au-dessus, afin qu’elle sèche. Cette technique est assez courante au Népal, pourtant, il faut prendre garde à la qualité de la viande, qui y séjourne entre un et deux mois, et dans laquelle les mouches peuvent pondre.

 

Kamsing cuisine pour nous : il commence par attiser le feu et remettre du bois pour l’alimenter. Il prend ensuite de la viande au-dessus du feu ; il s’agit de la viande de deux buffles qui ont été tués hier au couteau, et partagés entre les villageois, qui les ont achetés de manière groupée. Kamsing nous indique qu’il faut compter entre 5000 et 6000 roupies pour un buffle (entre 37 et 44€).

Il coupe des petits morceaux de viande, puis les mélange à de l’eau et de l’huile dans une assiette. Il fait ensuite cuire l’ensemble dans une casserole, mélange avec une spatule ronde en fer, puis ajoute du curry, du sel et du cumin.

Toutes les épices de leur maison viennent de Katmandou, tout comme le matériel qu’ils utilisent pour cuisiner, qui peut aussi venir de Dhading Besi.

Une fois cuite, la viande est placée dans un bol en fer, et Kamsing nous invite à goûter : la viande n’est pas tendre mais très goûteuse.

Après cette dégustation, nous repartons en direction de la guest house. Sur le chemin, nous découvrons une maison en construction.

Nirmal, notre guide, nous indique qu’il s’agit d’une habitation dotée de dispositifs antisismique en bois. Pour ce type d’habitat, il faut compter un coût d’environ 5000$ ; les pierres utilisées viennent toutes des alentours (1à à 30 minutes de marche maximum). Le gouvernement donne une aide à hauteur de 3000$ pour ces installations antisismiques.

Hôtel restaurant – guest house

La veille de notre départ, nous avons demandé à pouvoir assister à la cuisine de l’un de nos repas au sein de la guest house : le dal bhat. Quand nous arrivons, la maîtresse des lieux est en train de cuisiner des patates. Elle prépare et émince des oignons et de l’ail qui ont poussé à Borang (et récoltés en septembre), ainsi que des pousses de citrouilles, puis ajoute le tout aux pommes de terre qui sont en train de cuire dans une poêle au-dessus du feu. Elle arrose son plat avec de l’huile de tournesol et de soja, qui viennent pour leur part de Katmandou et d’Inde.

La cuisine de la guest house dispose du gaz : ils s’en servent pour cuire les lentilles, qui ont poussé dans le village.

 

Pendant ce temps, le mari de notre hôte prépare le poulet dehors : après l’avoir tué à l’aide d’une machette, il le plume puis le découpe.

Dans une autre casserole au-dessus du feu, sa femme place de l’oignon, de l’huile et du cumin, puis les morceaux de poulet apportés par le mari sont ajoutés. Elle remue puis couvre le plat.

Pendant ce temps, il broie le cumin et l’ail ensemble avec une pierre, puis ajoute le mélange dans le poulet.

Les plats mijotent encore quelque temps puis nous passons à table.

Ci-dessous, des pommes de terre sautées avec du pain Tamang, de la viande fumée, ainsi que des nouilles sautées.

mer, 06/03/2019 - 00:05